Le déclic
Pendant des années, j’ai travaillé comme tout le monde dans ce métier : avec des logiciels propriétaires. Bilans thermiques, sélections, estimatifs. Des outils corrects, souvent bien faits. Mais un jour, sur un projet, j’ai voulu vérifier une hypothèse de calcul — un coefficient de transmission que le logiciel appliquait sans le montrer. Impossible. La documentation ne le donnait pas, le support non plus. J’étais censé signer un dimensionnement dont je ne pouvais pas expliquer une des hypothèses.
Ce jour-là, la question a changé. Ce n’était plus « quel logiciel acheter ? » mais « pourquoi est-ce que je délègue mes calculs à une boîte noire ? ».
Un bureau d’étude vend exactement une chose : du jugement d’ingénieur. Si le cœur de ce jugement — le calcul — est enfermé dans un outil qu’on ne contrôle pas, qu’on ne peut ni auditer ni faire évoluer, on a un problème de fond. Alors j’ai décidé de construire les miens.
Ce que nous avons construit
Aujourd’hui, l’essentiel de notre production tourne sur des outils développés en interne, chez IngéFroid :
- Bilan frigorifique et dimensionnement — charges thermiques, fluides, compresseurs, tuyauteries. Chaque formule est documentée, chaque hypothèse visible et modifiable.
- Estimatifs de prix — nos propres bases de coûts, structurées selon notre expérience de projets réels, pas selon la logique d’un éditeur.
- Schémas frigorifiques — dessin des circuits, composants et tuyauteries, avec export direct dans nos dossiers.
L’avantage qui compte le plus au quotidien n’est pas le coût des licences. C’est le rythme. Quand l’ORRChim 2027 abaisse un seuil de PRG ou qu’une révision de l’EN 378 modifie une limite de charge, nos outils sont à jour la semaine même. Pas à la prochaine version annuelle d’un éditeur, pas après une demande au support restée sans réponse.
Et l’IA dans tout ça ?
Soyons directs : oui, nous utilisons l’intelligence artificielle, tous les jours. Pas comme gadget marketing — comme outil de production, intégré dans nos processus au même titre que nos calculateurs.
Notre assistant a été formé par nous, sur notre matière : nos méthodes de calcul, notre documentation technique, notre lecture des normes suisses (ORRChim, EN 378, SIA), nos retours de chantier. Il ne récite pas Internet ; il travaille avec notre savoir-faire.
Ce qu’il fait chez nous
- Préparation et mise en forme des dossiers techniques — descriptifs, notices, documents de coordination.
- Veille normative — repérer ce qui change dans une révision et où cela touche nos projets en cours.
- Vérifications croisées — relire un dossier pour détecter les incohérences entre documents (une puissance qui diffère entre le bilan et le descriptif, par exemple).
Ce qu’il ne fait pas
Il ne décide de rien. Aucun dimensionnement, aucun choix de fluide, aucun document ne sort de ce bureau sans passer par moi. L’IA propose, l’ingénieur décide — et signe. C’est la même logique que pour nos outils de calcul : la responsabilité ne se délègue pas à une machine, quelle qu’elle soit.
Vos données restent chez nous
C’est le point qui inquiète, à juste titre, beaucoup de nos clients : où vont les données quand un bureau d’étude utilise l’IA ?
Chez IngéFroid, la réponse est simple : notre assistant tourne sur nos propres serveurs, auto-hébergés. Concrètement :
- Les données de vos projets ne sont envoyées à aucun service d’IA public et ne servent à entraîner aucun modèle externe.
- Nos bases de calcul, nos prix et notre savoir-faire restent sur notre infrastructure, sous notre contrôle exclusif.
- Pas de licence tierce qui expire, pas de fournisseur qui change ses conditions, pas d’accès extérieur à nos dossiers.
Et ce n’est pas limité à l’assistant : notre messagerie, nos calendriers, nos dossiers et nos sauvegardes tournent aussi sur notre propre infrastructure, avec des sauvegardes conservées chez nous. Il n’y a pas de « sauf pour » dans cette phrase.
Le contexte géopolitique ne peut plus être ignoré
Il faut le dire clairement : confier ses données à un grand fournisseur américain n’est plus une décision purement technique. Le droit américain s’applique de manière extraterritoriale — le CLOUD Act permet aux autorités des États-Unis d’exiger l’accès à des données détenues par leurs entreprises, même stockées en Europe. Et les tensions géopolitiques récentes ont montré qu’un accès à un service cloud peut dépendre de décisions politiques prises à des milliers de kilomètres, sur lesquelles ni vous ni nous n’avons la moindre prise.
Pour un bureau d’étude suisse qui manipule les plans et les données de production de ses clients, c’est un risque qui ne peut pas être ignoré. Notre réponse est simple : ces données ne quittent pas nos murs. C’est moins confortable qu’un abonnement cloud. C’est aussi la seule position que nous pouvons garantir dans la durée.
Ce choix nous coûte de l’entretien et du matériel. Nous l’assumons, parce que la confidentialité d’un projet frigorifique n’est pas un détail : un dossier contient des plans, des capacités de production, parfois des informations commercialement sensibles. Cela reste entre vous et nous, conformément à la loi suisse sur la protection des données (nLPD).
Et nos soumissions HTML ? Autonomes, et vraiment hors ligne
Un mot sur un point qui revient souvent. Nos soumissions et documents interactifs sont livrés au format HTML + JSON : un fichier que l’entrepreneur ouvre dans son navigateur, remplit, et nous retourne. Le format plaît — mais comme il s’ouvre dans un navigateur, certains utilisateurs craignent que les prix et quantités saisis soient « en ligne », visibles quelque part.
Ils ne le sont pas. Le navigateur sert ici de simple lecteur local, comme Acrobat pour un PDF. Le fichier est autonome : tout ce que vous saisissez reste dans le fichier, sur votre ordinateur. Aucun serveur derrière, aucune connexion requise — la soumission se remplit aussi bien dans le train, sans réseau. Vos prix ne transitent nulle part tant que vous ne nous renvoyez pas le fichier vous-même.
Ce que ça change pour vous
| Sujet | Avec logiciels propriétaires | Chez IngéFroid |
|---|---|---|
| Hypothèses de calcul | Partiellement visibles, selon l’éditeur | Toutes documentées, auditables sur demande |
| Mise à jour normative | Au rythme des versions de l’éditeur | Dès publication (ORRChim, EN 378, SIA) |
| Données de projet | Souvent dans le cloud de l’éditeur | Sur nos serveurs, en Suisse, sous notre contrôle |
| Production documentaire | Manuelle, formats imposés | Assistée par notre IA, validée par l’ingénieur |
Et pour être complet : nous continuons d’utiliser les outils de sélection des fabricants (compresseurs, échangeurs) là où ils sont la référence légitime — ce sont leurs machines, ce sont leurs données d’essai. L’indépendance n’est pas un dogme ; c’est le contrôle de ce qui engage notre signature.
En conclusion
Construire ses outils prend du temps. Héberger sa propre IA demande du matériel et de la rigueur. Personne ne fait ça pour économiser trois licences. On le fait parce qu’un bureau d’étude qui maîtrise ses calculs, ses processus et ses données travaille mieux, plus vite, et peut regarder son client dans les yeux quand il lui remet un dossier.
Si vous voulez en discuter — ou voir ces outils tourner sur votre projet — : laurent@ingefroid.ch ou +41 79 755 36 00.